31 juillet 2010

31 juillet - Pointe de Bayère

Jean-Jacques habite à la Réunion, un peu aux antipodes de Montréal, mais on arrive toujours bien à s’organiser pour grimper ensemble pendant le stage!

En épluchant les topos, il a choisi la voie Ravanel à la Pointe de Bayère, un sommet un peu obscur au nord de l’Aiguille Verte. L’accès se fait par le téléphérique des Grands Montets, à partir desquels une approche en descente mène au pied de la voie - et de la fin de la voie, on descend vers la station intermédiaire du téléphérique. Une approche et un retour en descente, que demander de mieux?

On s’entend sur l’heure et le matériel à apporter, chacun prépare son sac, puis 20 minutes de voiture nous transportent à Argentière. On achète nos billets, on embarque dans le téléphérique et on admire le paysage. Juste avant d’arriver à la station intermédiaire, un doute me saisit : « Tu as la corde, toi? » « Heu… Non, et toi? » « Merde, on a oublié les cordes » On rit un peu jaune. C’est bien la peine d’accumuler les années d’expérience (Jean-Jacques grimpe depuis bien plus longtemps que moi)… Le gars du téléphérique est assez gentil pour nous expliquer comment redescendre et remonter sans avoir à payer un deuxième billet, et on refait le trajet Téléphérique-Argentière-camping-Argentière-Téléphérique. Ça nous met un peu en retard sur l’horaire prévu, mais bon…

L’approche est superbe : la station du téléphérique est couverte de givre, il y a une couche de neige fraîche partout, à notre gauche la Verte et les Drus sont superbes, et on fait une trace neuve sur le glacier. Aujourd’hui, on sera tous seuls dans notre secteur, c’est sûr! Et c’est rare à Cham’.

Le topo est juste assez précis, et on trouve le pied de la voie sans trop de difficulté. La première longueur n’est pas confortable : c’est de l’escalade en dièdre, donc l’adhérence des pieds est critique pour ne pas trop forcer, mais il y a de nombreux petits paliers recouverts d’une neige qui mouille les chaussons. Curieusement, d’ailleurs, il me semble qu’il est plus difficile de sécher des chaussons mouillés par de l’eau produite par la fonte de la neige, que par de l’eau « normale »…

La deuxième longueur est magnifique, un beau dièdre qui se grimpe et se protège très bien.

Au 3è relais, j’ai le choix entre deux longueurs un peu faciles à gauche de l’arête, ou bien une variante à droite qui devrait être en dalle. Je pars dans la variante, je contourne un éperon, et rapidement je me demande dans quoi je me suis lancé. Au lieu de la dalle prévue, il y a un système de faiblesse assez clair, surmonté par… un surplomb intimidant. Le choix du meilleur passage (le plus facile) n’est pas évident : à gauche dans une sorte de dièdre surplombant? Un peu plus à droite, droit dans le surplomb, dans du rocher pourri? Encore un peu plus à droite? Ou franchement à droite, là où je ne vois pas ce qui se passe, et où ça pourrait être pire? Non, cette dernière option ne me plait pas.
Je progresse lentement, rempli de doute. Je choisis le passage du milieu, droit dans le surplomb. J’ai beau avancer lentement, je finis inévitablement par buter sur celui-ci. Le rocher est aussi pourri qu’il en avait l’air d’en bas. Je place une protection douteuse, juste sous une petite sangle qui tient à je ne sais quoi. Je m’engage dans le surplomb et vois que la sangle est attachée à un piton (bon? Pas bon?). Je clippe le piton, et rassuré par mes deux pros, je passe sur des prises de mains et de pieds qui semble prètes à s’émietter en sable. Le reste est facile, et je trouve rapidement un relais équipé qui semble confirmer que je suis au bon endroit.

La dernière longueur est très belle, une traversée ascendante (ou une montée oblique) sur une grosse dalle bien travaillée et facile (ça repose!).

En haut on ne traîne pas trop : Jean-Jacques croit avoir vu que la dernière benne redescendait vers 16h30. Ça me semble incroyablement tôt, mais on ne sait jamais… Quelques (rares) touristes se promènent autour de la station quand on y arrive, donc on n’a pas de raison de s’inquiéter : le service du téléphérique n’est pas terminé. Par contre, quand on voit une équipe avec de belles vestes « Compagnie du Mont-Blanc » monter dans la cabine avec nous, je leur pose la question : « Est-ce que c’est la dernière benne? » « Oui! » On a échappé au pire, mais de très peu! Cinq minutes plus tard, on aurait été obligé de redescendre à Argentière à pied.

Globalement une belle voie « historique » dans son style, le type d’escalade, l’équipement et le décor, avec en prime une fréquentation minimale. Mais attention à la variante de droite!

La station du téléphérique des Grands Montets :



Jean-Jacques dans l'approche :


Devant les Drus :


Jean-Jacques au pied de la voie. Notez l'équipement dernière mode! ;)


Dans le grand dièdre de la deuxième longueur :


Jean-Jacques dans le même dièdre :


Jean-Jacques dans la dernière longueur :


Au sommet, devant les Drus :


L'Aiguille Verte, les Drus et le Mont Blanc :

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